La médecine esthétique en France: pourquoi est-ce tabou ?

À l’heure où l’on se doit d’afficher son plus beau profil sur les réseaux sociaux, avec ou sans filtre, quel rapport les Français entretiennent-ils avec la chirurgie esthétique ? 100% décomplexé ? Pas si sûr…

Redresser un nez, accentuer des pommettes, gagner quelques tailles de tour de poitrine… Ces opérations aujourd’hui couramment pratiquées à travers le monde ne sont pas toujours totalement assumées par les patients. Un tabou tenace qui semble propre à la France.

Ces dernières années, la demande de chirurgie esthétique s’est stabilisée à un niveau plutôt élevé, touchant 10% de femmes en France en 2019, soit environ environ 2,5 millions de personnes, contre 6% en 2002. Sur toutes ces patientes, 4/5 se déclarent satisfaites à très satisfaites du résultat, sans pour autant vouloir renouveler l’expérience par la suite. Parmi les opérations les plus pratiquées, 49% concernent une modification des seins, suivie par l’épilation au laser (24%), les injections (12%), le recollement des oreilles (10%), la correction du ventre et la correction des paupières (7% chacune).

Les motivations qui poussent à franchir le pas ? Elles ont toutes trait à l’image que l’on se renvoie dans le miroir, ou que l’on renvoie aux autres : se plaire davantage à soi-même (68%), mettre un terme à un complexe (55%), préserver sa jeunesse (13%).

Seulement voilà, toutes n’assument pas d’avoir eu recours à la médecine ou à la chirurgie esthétique et préfèrent encore éluder les questions de l’entourage sur leur joli décolleté, privilégiant les périodes de vacances pour vivre les suites de traitement à l’abri des regards.

D’après le psychanalyste Gérard Le Gouès, auteur de « Un désir dans la peau » (éd. Hachette Littérature), 90 % des femmes qui optent pour le lifting le font en cachette de leurs proches. Et le tabou est encore plus grand chez les hommes qui ont recours à une liposuccion ou à des implants capillaires.

« La chirurgie plastique relève encore de la transgression, inspire à la fois de la fascination et une obscure jalousie sociale : "Si tu es plus belle et mieux conservée que moi, tu dois « avouer » que ça n’est pas naturel." Dans l’inconscient collectif, le fait de transformer les formes et le cours de la nature a toujours un aspect sulfureux. » Pour preuve, les réseaux sociaux ne cessent de diffuser des images avant/après de personnalités qui affichent subitement des lèvres plus charnues, une silhouette longiligne ou un nez parfaitement droit. Les commentaires acerbes fleurissent alors sous chacune de ces images, comme si ces individus se rendaient suspects de duperie ou de tricherie.

Pourtant aujourd’hui, la médecine et la chirurgie esthétique offrent des actes et des traitements parfaitement maîtrisés grâce à des années de recul et de pratique. Le but : embellir l’existant, sans le dénaturer. C’est tout l’enjeu des professionnels de santé qui accompagnent le mieux possible leurs patients dans leurs attentes, sans excès, pour obtenir cet exceptionnel taux de satisfaction cité un peu plus haut.

Source : IFOP 2018 Les femmes et la chirurgie esthétique.
Echantillon de 1317 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans et plus.
La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (âge et profession de l’interviewée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 29 juin 2018.